Archives de janvier 2009

Une piscine de plus est-elle une bonne idée ?

J’aimerais furieusement me tromper, mais j’ai dans l’idée que la ville s’apprête à faire une grosse sottise. Or cette ville, c’est la mienne. La vôtre, peut-être.

De quoi s’agit-il ? D’un projet de piscine prévu, en l’état du dossier, dans le périmètre de notre cher quartier des murs à pêches. Pour l’heure, on ne sait pas grand chose. La piscine pourrait être bâtie à l’emplacement du foyer de La Nouvelle France. Et nécessiter un parking d’une très grande surface. Où mettrait-on tout cela ? Mystère.

Oh, bien entendu, le projet serait écologique. Hum. Il y aurait en fait deux piscines. L’une tout à fait ordinaire. Et l’autre, extérieure, dotée de roseaux et peut-être – peut-être – dépourvue de traitements chimiques.

Je vais vous dire : cette deuxième installation pourrait bien être le paravent « acceptable », écologiquement correct, de la première. Car la vraie grande piscine serait à coup sûr celle qui pollue et gâche d’invraisemblables quantités d’une eau pourtant précieuse.

La mairie prétend qu’un tel équipement est nécessaire dans le haut Montreuil, et que la piscine du bas serait saturée. Je demande à voir les chiffres, et à regarder de près. Au reste, qui peut prétendre de bonne foi qu’un investissement aussi important est vraiment une priorité pour le haut Montreuil ? La mairie dispose-t-elle d’éléments qu’elle ne publie pas ? J’en doute fort, mais je suis prêt à être démenti.

Autre point important : la très « éventuelle » demande sociale de piscine ne doit pas, ne peut plus être pensée à l’échelle communale. Mais au contraire mutualisée au plan départemental. On parle par exemple d’une base de loisirs à Romainville. La réflexion s’arrêterait-elle aux frontières de Montreuil ? Cette manière de concevoir l’avenir est inquiétante. Désordonnée. Impensée, si l’on m’autorise ce néologisme.

Il y a encore pire, du moins pour une municipalité écologiste. L’usage de l’eau est en train de changer à une vitesse vertigineuse. On parle depuis quelques années du pic de Hubbert à propos du pétrole, qui marque le point culminant de son extraction. De nombreux spécialistes évoquent aujourd’hui le Peak Water, le pic de l’eau. Nous allons vers un monde où nous devrons concevoir l’eau comme une richesse et une rareté.

Autrement dit, penser son utilisation sous la forme d’une piscine coûteuse et polluante est une pure et simple ringardise. Qu’on ouvre plutôt le débat sur la limitation organisée et volontaire de la consommation d’eau ! Des villes comme Lorient ont réussi dans ce domaine des miracles, au profit de ses habitants les plus pauvres. Ouvrons la discussion !

Et posons les vrais problèmes de l’eau aux murs à pêche. Quand va-t-on rouvrir le ru Gobétue au regard des promeneurs et à leur plaisir ? Quand va-t-on lancer un chantier de dépollution de la nappe phréatique qui court sous les murs, et qui est si gravement polluée ?

Je me répète, et ce n’est pas la dernière fois : où est le débat ?

Fabrice Nicolino

 

PS : Le journal Le Monde daté du 6 février 2009 évoque la question du “pic de l’eau” sous le titre : « Utiliser plus intelligemment chaque goutte d’eau » (ici)

Pourquoi je n’ai pas assisté à la commission extramunicipale samedi

Mais à quoi sert la commission extramunicipale créée par la ville de Montreuil ? Officiellement à discuter collectivement de  l’avenir des murs à pêches. Notre association, MAP, en fait partie, et moi, Pascal Mage, je la représente au sein de la commission.

Ce samedi 24 janvier 2009, une réunion avait lieu, et j’aurais dû y assister. Le mardi, tout allait bien encore. Nous avions reçu un ordre du jour, confirmant ce qui avait été déterminé à l’assemblée plénière précédente,  présidée par notre maire.

Oui, nous allions enfin partir des réalités du site, et améliorer rapidement ce qui pourrait l’être. Compte-tenu de l’ordre du jour, notre association, MAP, fait le tour de tout ce qui bouge aux murs à pêches, contacte d’autres associations, prépare le bilan des actions déjà entreprises sur place.

Sur les 9 associations que MAP contacte, 7 se lancent dans un travail acharné pour fournir au plus vite un état de leur travail. Car retenez qu’entre l’envoi de l’ordre du jour – mardi 20 janvier – et la réunion en mairie – le 24 -, il n’y a jamais que quatre jours ! Donc 7 associations arrêtent toutes leurs activités pour que leur bilan soit prêt le 24.

Et puis, badaboum. Badaboum et mépris total pour notre travail commun. Vendredi 23 janvier à 11 heures, je reçois un nouvel ordre du jour, qui bouleverse tout. On aura droit, sans préavis, à une sorte de grand-messe, avec analyse économique, projet de piscine sur place, et tout le tralala !

Je pose aussitôt ma grelinette – un outil de jardinage -, et je prends mon téléphone, car croyez-le ou pas, on est moderne, à l’association MAP. J’essaie de parler à l’élu en charge du dossier des murs à la mairie, pour obtenir des explications. Impossible de lui parler. J’envoie un email, à madame la Maire, à ses collaborateurs. Rien. Oui je sais, je suis un doux rêveur. Pas de réponse.
Pas de réponse, mais une question qui m’obsède : pourquoi la mairie ne veut-elle pas faire l’évaluation des projets horticoles et culturels déjà existants sur le site des murs à pêches ? Parce qu’ils sont nés sous l’ancienne municipalité, parfois avec son concours ?

Malgré ce comportement que je juge pour le moins contestable, samedi, je me rends à la commission. Où l’on m’explique gentiment qu’on fera le bilan passé et les persperctives d’avenir tout en même temps. Que je ne sais pas lire et que je suis un petit gars trop sensible.

C’est alors que je craque et que je quitte cette étrange commission. Tant pis pour le plateau-repas du midi. Tant pis pour la compagnie de ma charmante voisine. La leçon est claire : je dois apprendre à lire de toute urgence. Et peut-être, surtout, à m’endurcir.

Pascal Mage
Président Association Murs à Pêches

“Et ça s’met dans une commission” **

Je vais tâcher, malgré mon tempérament, de ne pas me montrer trop véhément. Bon, sachez-le, la mairie de Montreuil a créé une commission extramunicipale chargée de réfléchir à l’avenir de notre cher quartier des murs à pêches.

Pour être franc, je trouve cela curieux. Cela me rappelle le sort fait à la « démocratie locale » à d’autres époques, y compris dans des communes de gauche. J’espère, j’espère sincèrement qu’il ne s’agit pas d’un simulacre. L’avenir le dira. Mais le présent n’est pas mirobolant. Je vous invite à lire, dans les onglets Documents du panneau de droite, l’intervention du paysagiste Gilles Clément, connu dans le monde entier, et qui est venu parler le 10 janvier, à Montreuil, devant cette fameuse commission extramunicipale. Moi, je trouve le propos de Clément très intéressant. À une réserve près : je crois qu’il n’a pas totalement saisi le caractère magique, poétique, unique en somme du quartier. N’importe, car ses propos font réfléchir.

En revanche, j’ai calé en lisant les comptes-rendus de la commission extramunicipale. Malheureusement, nous ne pouvons pas les mettre en ligne, car il s’agit de textes internes auxquels la population de Montreuil n’a pas droit. Ce que je peux vous dire en confidence, c’est que j’ai rarement lu une prose aussi indigeste ces dernières années. C’est incompréhensible. Et je reste poli, car il existe dans ce domaine d’autres mots plus imagés. Je ne mets pas en cause la bonne volonté des participants, dont d’ailleurs des représentants de notre association.

Non, je suis certain qu’ils ont pris à coeur leur ouvrage. Mais alors, comment expliquer un tel embrouillamini ? Comment justifier que, sur un sujet aussi sensible, la commission produise des textes que seules quatre ou cinq personnes bien entraînées peuvent démêler ? Je vais vous dire : à ce stade de l’histoire, je suis inquiet. Les murs à pêches ne méritent-ils pas un vrai grand débat à ciel ouvert ? Le bonjour chez vous.

Fabrice Nicolino

** Il s’agit d’un texte de Léo Ferré, clin d’oeil à ceux qui connaissent.

L’art de la résilience aux Murs à pêches

Vous connaissez le mot de résilience ? C’est savant. Le psychologue Boris Cyrulnik a rendu le mot célèbre en France. En gros, il s’agit de la capacité des humains à surmonter des traumatismes très profonds. Cyrulnik a forgé ce concept à partir d’observations faites, entre autres, sur des enfants dans les orphelinats roumains ou paumés dans les rues de Bolivie.

En Angleterre, le mot a pris un sens différent. On y parle de résilience locale, sous la forme d’initiatives de transition. Des quartiers, des petites villes s’engagent sans financement, sans appui au démarrage de la municipalité. Face à l’évidence du besoin de changement, les choses commencent à changer.

Les deux évidences les plus fortes concernent le changement climatique et le pic pétrolier. Pourquoi ? Mais parce que :

• Le changement climatique et le pic pétrolier nécessitent d’agir de façon urgente.

• Vivre en consommant moins d’énergie est inévitable et il est préférable de s’y préparer plutôt que de se laisser prendre au dépourvu.

• Les sociétés industrialisées ont perdu la résilience nécessaire pour affronter les chocs énergétiques.

• Nous devons agir ensemble, et nous devons le faire dès maintenant.

• Le modèle d’économie et de consommation qui accompagne la mondialisation, à savoir une croissance infinie dans un monde fini, est physiquement impossible.

• Nous avons développé des trésors d’ingéniosité et d’intelligence dans la course à l’énergie durant les 150 dernières années. Il n’y a aucune raison pour que nous ne soyons pas capables d’en faire autant, et même davantage, dans la descente énergétique qui nous attend après le pic.

• Si nous nous préparons suffisamment tôt, en libérant nos forces de création et de coopération, nous pourrons avoir un futur plus enrichissant, épanouissant, convivial et accueillant que ce que nous offrent nos styles de vie actuels.

Les initiatives de transition sont des initiatives locales qui s’inventent au fur et à mesure de façon collective. Elles privilégient la valorisation des compétences locales des gens qui participent, elles se construisent sur ce qu’on sait faire et inventer, et non pas sur la culpabilité. Elles proposent des outils créatifs, inventifs, drôles. Elles mènent à des résultats concrets. Elles ne nécessitent pas de financement préalable.

Démarrer une initiative de transition sur Montreuil, pourquoi pas ? Et les murs à pêches sont un lieu et un point de départ fabuleux. Témoin du développement de « trésors d’ingéniosité et d’intelligence », ce lieu appelle à une remobilisation créative, coopérative, enrichissante, épanouissante, conviviale, accueillante.

Les murs à pêches font appel à notre résilience, en l’occurrence la capacité à faire de l’adversité un atout pour rebondir. Il s’agirait donc de résilience collective et non pas individuelle.

Quelques propositions pour aller vers la résilience aux Murs à pêche :

Malgré la pression foncière, en faire un espace libre, laisser vivre la friche, accueillir un lieu qui résiste à la ville.
Malgré la disparition quasi-totale d’horticulteurs sur le site depuis des décennies, en faire un lieu de production viable.
Malgré les murs, inventer une ouverture vers tous les habitants de Montreuil, et d’ailleurs.
Malgré le mythe de la propriété privée, créer des jardins collectifs, associatifs, familiaux, sociaux…

Laura Winn (à suivre)

(ici, un site en anglais)

Bonjour tout le monde !

Champagne pour tout le monde, caviar pour les autres. Nous ouvrons, en ce début d’année 2009, un blog de l’association Murs à pêches. Il s’agit pour nous, dans cette année décisive pour ce quartier, de parler librement. De vous associer à nos réflexions. De vous inviter à nous rejoindre dans l’action.

Et de l’action, il y en aura. Car les murs à pêches sont dans un état pitoyable, pour des raisons que nous vous expliquerons au fur et à mesure, semaine après semaine. Pour le moment, sachez que nous voulons sauver de toute urbanisation les 35 hectares « naturels » qui font de ce territoire un lieu unique. Et magique.

Le rendez-vous que nous vous proposons est une sorte de Chronique des événements courants. Et chacun a le droit, bien entendu, de participer et d’enrichir. Notre combat est sérieux, mais nous ne le sommes pas toujours. Vous trouverez donc ici, au fil du temps, des prises de bec, des chahuts, des coups de gueule et d’amitié, des blagues, de l’enthousiasme, de la colère. Tout ce qui fait la vie sur terre.

Bienvenue à tous, et retenez que vous êtes ici chez vous. Chez nous, chez vous.