QUELS PAYSAGES POUR LES MURS A PECHES ?

Nous vous faisons partager, ci-dessous la contribution de Jacques Dauphin, inspecteur des sites honoraires, ayant travaillé à la gestion du site des Murs à pêches. Aujourd’hui Jacques collabore au sein d’Ile de France environnement en chargé du patrimoine et des sites. Il est aussi administrateur de notre association.

QUELS PAYSAGES POUR LES MURS A PÊCHES ?

… quelques trente ha sur les hauts de Montreuil

Le site des murs à pêches s’étend sur un plateau, lui-même cerné par un relief en forme de croissant, sur lequel se sont implantés les quatre forts de Romainville, Les Lilas, Rosny et Fontenay-sous-Bois. L’ensemble de ce site forme ainsi un amphithéâtre légèrement incliné vers le sud et vers l’ouest (Paris) et bénéficie d’une bonne exposition.

L’assise en est, par ailleurs, marquée par la rupture de la voie autoroutière et par les traces du ru de Gobétue.

Les parcelles en lanières, cernées de hauts murs, gardant des traces de leurs anciennes fonctions de production, certains chaperonnés, enduits de plâtre gros, marqués par des clous, parfois encore garnis par des pêchers palissés, d’autres fois en déshérence avec des brèches.

Des parcelles sont cultivées: vergers, fleurs… d’autres sont en friche.

Le paysage, animé par quelques jardiniers, reste souvent intime, toujours varié. Le parcours du site est émaillé de surprises et dépayse.


Ce terroir témoigne d’un système horticole spécifique, artisanal et original, marqué par la présence de murs de production, généralement en limites de parcelles, mais aussi parfois à l’intérieur de celles-ci. Les parcelles étaient autrefois souvent délimitées, le long des chemins de desserte, par des clôtures de châtaigniers.

Aujourd’hui, ce site peut apparaître comme un décor, une scène, un lieu exotique, magique, et ceci du fait de l’évolution d’un ancien système productif, de son délabrement, de ses friches et des nouveaux usages conviviaux qu’il a généré.

Le lieu est un labyrinthe (au sens de parcours, et non d’un itinéraire où l’on se perd).

Le lieu est intime, il ne se comprend guère que dans ses cloisonnements: il peut toutefois être aussi perçu plus largement lorsque le regard émerge légèrement du faîte des murs.

Deux visions de ce site s’affrontent:

*l’une est liée à la valorisation des usages anciens et au retour vers une fonction agricole dominante: « terroir, pêchers, murs de production, agriculture urbaine, agri/culture… » en sont les termes.

Cette approche est porteuse de projets: horticulture, dépollution, conservatoire des plantes…, et pourra sans doute intégrer une certaine diversification sociale et agricole,

*l’autre ne réserverait qu’une partie de l’espace à l’agriculture patrimoniale et s’attacherait à promouvoir qualité écologique et usages sociaux du site, ouverture vers la ville de ce terroir: jardins familiaux et partagés, cultures florales, aide à la réinsertion, théâtre… viendraient en complément. Par ailleurs, un large secteur de friches serait géré, pour leur dimension écologique et paysagère.

Ces deux démarches devraient pouvoir se rencontrer: le site peut en effet accueillir une « agriculture urbaine » (horticulture, AMAP…), gérant ainsi de manière économique un espace devant rester ouvert sur la ville. La diversification de cet agriculture est possible et souhaitable (jardinage familial et partagé, conservatoire…).

Des activités ou usages différents peuvent être mis en cohérence:

-la gestion partielle en friche peut être complémentaire aux missions d’un Conservatoire de la biodiversité, lequel pourrait favoriser une démarche scientifique,

-entre agriculture, jardins familiaux et amap, des transferts de connaissance peuvent être mis en œuvre,

-la friche peut offrir un décor au théâtre…

Hormis l’impératif de « recoudre » ce site, sectionné par la voie autoroutière, les orientations paysagères liées à cet espace découlent pour l’essentiel:

. des anciens outils de production que sont les murs,

. de sa traversée par le ru de Gobétue qui draine le site.

Ces orientations pourront être précisées avec la prise en compte de contraintes nouvelles, liées:

-au passage du tramway, atout pour recoudre ce site (cf dans un registre plus urbain, le tram du bd des Maréchaux à Paris),

-au programme d’aménagement défini sous l’égide de la municipalité et qui reste toutefois à affiner avec les associations et les habitants,

-aux modalités de gestion spécifiques à la partie classée (au sens de la loi de 1930) du site.

-à la création d’un habitat spécifique aux populations tsiganes.

Etudes et expertises devront permettre de définir la « réceptivité » écologique et environnementale de ce site, dans le cadre d’un développement pérenne. Le projet paysager devra assurer la cohérence de l’ensemble, en croisant différentes approches, celle d’aménageur, mais aussi d’écologue, de paysagiste, de scénariste, sans oublier celle de jardinier…

Dans cette perspective,

* quelques propositions:

-reconstituer certaines des anciennes clôtures de châtaigniers, en limites de parcelles,

-dessiner un « parcours » pour découvrir le site, dans l’esprit d’un labyrinthe ouvert,

-prévoir quelques séquences de promenade à mi-hauteur, d’où l’on peut émerger pour jouir d’échappées visuelles plus larges, sentir la complexité du site, sa structure, ses cloisonnements…,

-susciter des activités théâtrales, accueillant un public itinérant et participatif, et pouvant contribuer à l’émergence de paysages nouveaux,

-développer une démarche « écomusée » en associant les anciens, afin de témoigner du passé agricole , (notamment à l’occasion de la restauration des murs), avec un va-et-vient entre écrits,paroles et objets…,

-rechercher un parti d’aménagement cohérent avec la trame géométrique des murs et accueillir ceux des équipements compatibles avec le site,

Etude Diren 2008 Architecte Anne Genin


*quelques orientations d’aménagement:

dessiner un périmètre cohérent avec le projet (paysager, agricole…) pour ce parc horticole des murs à pêches, en évitant d’y éparpiller des confettis d’urbanisation,

Sites classés et " avenue parc"

-réserver au nord du parc une urbanisation modérée en amphithéâtre, ménageant des cônes de vues sur les murs à pêches, vers lesquels seront orientés les ilots urbains,

-aménager le passage du tramway en avenue-parc,

-proscrire toute urbanisation de part et d’autre de cette avenue-parc sur la séquence des murs à pêches, cette séquence traversant le « noyau dur » du «  parc des murs »,

Noyau dur du site

-ménager un espace de respiration entre le parc des murs à pêches et les urbanisations liées aux nouveaux usages.

En conclusion provisoire, les urgences:

° définir le périmètre précis du « parc des murs » à sauvegarder et élaborer un programme d’aménagement cohérent avec les usages retenus (parc patrimonial,espace de détente et de convivialité pour la ville, lieu de production horticole…),

°arrêter le processus physique de dégradation des murs (réfection des chaperons et de certains enduits)

Jacques Dauphin 7 04 10

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2 Responses to “QUELS PAYSAGES POUR LES MURS A PECHES ?”


  1. 1 Jean-Pierre Gil 28 juin 2011 à 12 h 36 min

    Bonjour,
    Dans le cadre de notre activité d’éditeur d’expositions itinérantes, nous serait-il possible d’utiliser le visuel de la carte postale intitulé : Montreuil-sous-bois, panorama des murs de Montreuil « Clos des pêches ».
    En effet, nous élaborons une exposition consacrée aux jardins familiaux. Cette photo nous permettrait d’illustrer le panneau relatif à l’historique des jardins ouvriers.
    Bien sûr, nous mentionnerons les références et l’origine du visuel ou tout autre mention à votre convenance.
    Dans l’attente d’une-mail d’agrément, nous vous remercions par avance de l’attention que vous porterez à notre requête.
    Cordialement
    jpGil

  2. 2 map 28 juin 2011 à 15 h 36 min

    Bonjour,
    Oui bien sur, mais à l’origine les murs à pêches, n’ont pas de rapport aux jardins ouvriers.
    C’étaient des jardins de production horticole.
    Aujourd’hui, ils sont parfois utilisées en jardins partagés ou familiaux.
    Bien à vous
    Pascal Mage


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